Notre mission : promouvoir la littérature 

POURQUOI ÉCRIRE ?

«J'aime les livres. Tout ce qui touche la littérature – ses acteurs, ses héros, ses partisans, ses adversaires, ses querelles, ses passions – me fait battre le cœur…» Jean d’Ormesson.

Dernièrement je me promenais, tranquille, dans les allées d’un salon littéraire. Au fil de ma flânerie solitaire,

je rencontrais plusieurs collègues soucieux voire dubitatifs. Inquiet, je choisis donc de les interroger sur les raisons de leur triste mine.

Le premier me dit n’être publié qu’à 500 exemplaires, un autre se mêla à notre conversation et nous avoua n’imprimer qu’à 1000, mais rajouta aussitôt faire plusieurs réimpressions. Un troisième était édité à 2000, mais son éditeur rencontrait des difficultés avec son diffuseur. Entretemps, un quatrième nous vanta les mérites de cet auteur parisien qui sort, chaque ouvrage, à plus de 100 000 exemplaires.

Bien sûr, nous n’exclurons pas les exagérations des uns et des autres…

Surenchère naturelle, besoin existentiel : être, paraître.

Évidemment à entendre ces chiffres, le modeste auteur que je suis, pourrait se faire bien des complexes. Et pourtant,

je gardais le sourire et demandais, candidement, à mes amis de plume : « Selon vous, la valeur littéraire d’un livre est-elle fonction du nombre d’ouvrages imprimés et éventuellement vendus ? »

In peto, je pensais, avec tendresse, à mes amis poètes des Vosges et d’ailleurs. Ces artisans d’un bonheur éphémère qui, bien souvent, se contentent d’imprimer quelques dizaines de recueils à leurs frais.

Comme l’a noté Denis Dambré sur son blog consacré à la littérature : Gustave Flaubert écrivait en 1856 dans une lettre à son ami Maxime Du Camp (cité par Jean d’Ormesson, dans Une autre histoire de la littérature française, tome 1, Nil éditions, 1997, pages 216-217) : « Être connu n’est pas ma principale affaire. Je vise à mieux : à me plaire et c’est plus difficile (…). Le succès me paraît être un résultat et non le but (…). Nous ne suivons plus la même route, nous ne naviguons plus dans la même nacelle (…). Moi, je ne cherche pas le port, mais la haute mer. Si je fais naufrage, je te dispense du deuil ! » 4

 

Chez Gallimard, il paraitrait que sur 6000 tapuscrits reçus par an, un seul soit retenu…

Au Seuil, ce serait un sur 5000. Chez Robert Laffont et Fayard, c'est plutôt un sur 4000, tandis que Grasset annonce

une parution pour un peu plus de 3000.

Alors à cette question si simple et si complexe à la fois :

pourquoi écrire ?

Écrire pour le plaisir de noircir la page blanche, de remplir le vide et pour l’envie d’être lu ?

Écrire par besoin, par passion, par foi ?

Cueillir ici et là des mots, construire des phrases et les assembler, bâtir son ouvrage. Tailler sa pierre comme un Compagnon bâtit sa Cathédrale. Rêver, faire rêver, sourire, transmettre, rire, pousser un coup de gueule, témoigner, guérir…

 

À défaut d’envier tel auteur riche et fameux, ne pourrait-on pas prôner la modestie, l’humilité ? Tous les musiciens ne sont pas Nigel Kennedy ou Éric Clapton, tous les romanciers ne sont pas Simenon ou Jean d’Ormesson… Et pourtant, grâce à ce petit objet d’encre et de papier qui nous a volé, avec délice, nos heures de liberté, chacun d’entre nous, petites fourmis du crayon ou de l’ordinateur, contribue à faire vivre notre langue, à exprimer des idées, des fantasmes, des délires, à donner du rêve et instruire aussi…

 

 

Jean-Michel Jeudy